top of page

L’envie, ou le fantasme d’une vie qu’on ne veut pas vraiment

Dernière mise à jour : 17 janv.


Je viens de tomber sur deux publications Instagram à la suite.

La première : une image TMZ montrant un homme marié embrassant une autre que sa femme.

La seconde : une influenceuse concluant suite à l'annonce du divorce que toute relation est vouée à s'arrêter.


On y reviendra.


Mais ce que cette juxtaposition m’a surtout permis d’introduire, c’est mon rapport à l’envie.


Enfant, on m’a collé l’étiquette de « jalouse » dès lors que je pointais un comportement injuste ou problématique. Je pensais pourtant réclamer de l’équité, pas exprimer un manque. Avec le temps, j’ai compris que ce genre d’accusation sert souvent à disqualifier une parole dérangeante. J’ai appris à me taire sans renoncer à mes convictions.


Je me suis alors posé cette question : quand naît réellement la jalousie ?


Je crois que si elle naît, c'est certainement juste après l'apparition de l'envie.

Et je pense que l’envie, elle-même, ne peut exister que lorsqu’on n’est pas en accord avec sa propre vie.


L’âge adulte m’a appris une chose essentielle : ce que nous envions n’est pas toujours ce qui nous conviendrait.

D’abord parce que ce que l’autre possède est le résultat d’un chemin que nous ne connaissons pas. Envier quelqu’un, c’est aussi — consciemment ou non — accepter d’en emprunter les détours, les sacrifices, les douleurs, avec des outils parfois très différents des nôtres.

Ensuite parce que nous ignorons ce que l’avenir réserve à cette personne... Ce qui ressemble aujourd’hui à une bénédiction peut devenir demain un poids, une contrainte, voire une épreuve.


Cela fait longtemps que j’avais envie d’aborder ce sujet. Car lorsque, de l’extérieur, on estime que quelqu’un n’a pas « tout », on suppose rapidement qu’il est envieux ou frustré. Alors qu’en réalité, on peut se sentir riche autrement — et sincèrement souhaiter le meilleur à l’autre.


On ne peut pas envier une vie dont on ignore le prix. (ou pé matché'i an koté ! Et puis relis plusieurs fois par jours pour apprécier l'effet.)


C’est particulièrement flagrant lorsqu’il s’agit de couples exposés (ou non d'ailleurs) sur les réseaux sociaux. Les femmes sont souvent rappelées à l’ordre :

« Garde-le bien »,

« Tu as de la chance »,

« Dieu, je vois ce que tu fais pour les autres ».

Comme si personne ne se demandait ce que la femme a dû négocier, expliquer, encaisser, transformer pour en arriver là.


Pourquoi idéaliser — ou envier — un couple qui finit par se déliter publiquement ?

Même sans parler de tromperie, savez-vous combien de patience, d’amour, de renoncements, d’imagination il faut parfois pour faire tenir un lien ?

Vous voulez le résultat, sans connaître le prix.


Et c’est valable pour tout :

un travail,

une carrière,

un mode de vie,

une grossesse,

une garde-robe,

un bien immobilier,

un/une amoureux/se,

une idée,

etc.


Si vous obtenez l’objet de votre désir, êtes-vous certain qu’il vous conviendra ?


Tu voulais ce poste à tout prix. C’est Firmine qui l’a obtenu. Elle est tombée sur un manager démissionnaire, une équipe toxique, elle est en burn-out, sur le point de démissionner. Tu le veux toujours, ce poste ?


David semble toujours en vacances. En réalité, il est en arrêt longue durée, atteint d’une maladie grave et invalidante. Tu veux vraiment échanger ta place contre la sienne ?


La vraie question est simple : êtes-vous prêt à en payer le prix ?


L’envie naît quand on fantasme la vie des autres sans vouloir en payer le prix.


Ce qui est fait pour vous viendra de toute façon.

Vivons.

Restons concentrés sur nos propres trajectoires.


Ce que nous envions, nous ne le possédons jamais vraiment.

Ce que nous admirons, parfois non plus.


Nous aimons imaginer la vie des autres comme un lieu plus facile, plus léger, plus désiré.

Mais la vie des autres n’est pas une destination : c’est une trajectoire faite souvent de doutes, de peurs, d’essais et d’erreurs, de renoncements invisibles.


Envier, c’est juste voir une façade. C’est regarder la vitrine sans ouvrir la porte.


Si on veut vraiment vivre, il faut accepter une chose : la vie ne s’emprunte pas, elle se construit.

Et elle commence — vraiment — lorsque nous cessons de regarder ailleurs et que nous choisissons d’habiter la nôtre.


Quant à l’influenceuse affirmant que toute relation est vouée à se terminer : je n’y crois pas.

Même après la mort, nous entretenons un lien avec nos défunts. C’est aussi une forme de relation.

Une relation peut se perdre, se transformer, se taire… puis parfois se retrouver.


La vie n’est pas une vérité figée.

Et les épreuves ne justifient pas les discours définitifs.


Vivons, tout simplement.


Commentaires


Pour recevoir
l'actu du site :

Mèsi an pil !

bottom of page